Selon mon mentor, savoir s’entourer, ça implique de reconnaître les talents des personnes susceptibles de nous seconder. Non seulement celles qui se démarquent par leur vitalité, mais aussi celles qui demeurent plus discrètes compte tenu de leur difficulté à fournir un effort soutenu.
Bourreaux de travail
Voici ce qu’il pense des « bourreaux de travail »!
La caractéristique dite « bourreau de travail » que plusieurs personnes ont l’avantage de posséder permet à ces dernières d’accomplir une charge de travail plus grande que leurs collègues, mais cet avantage cache un inconvénient de taille. En effet, plusieurs de ces personnes sont tellement convaincues qu’il n’existe qu’une façon de procéder pour atteindre la réussite, qu’ils refusent de faire confiance à ceux dont la résistance est moindre.
Comment peut-on dire qu’un dirigeant d’entreprise maîtrise l’art de savoir s’entourer, s’il refuse de reconnaître les talents des personnes moins productives que lui? Il se prive alors de la compétence de leaders créatifs qui parviennent à s’acquitter convenablement de leurs tâches grâce à des talents qu’ils savent exploiter, en dépit de leur « handicap ». Parmi ces talents, notons la propension à déléguer, une qualité que les « bourreaux de travail » n’ont pas la réputation de posséder.
Même si certains « bourreaux de travail » comprennent les principes de la délégation et font des efforts considérables pour la mettre en pratique, il leur est difficile de contenir leur énergie débordante et voilà que, encore une fois, tout ne va pas assez vite. Ils voient bien que ça leur prendrait moins de temps pour faire le travail eux-mêmes que d’attendre que l’autre ait enfin fini de se reposer pour se mettre à la tâche. Pis encore, lui faudra-t-il se reposer encore une fois avant de le terminer ce travail? Pour réussir en affaires, il faut être un « bourreau de travail »! Pourquoi attendre après quelqu’un qui, au mieux, peut exécuter un travail de qualité égale à celui que l’on peut produire, mais dans un délai tout à fait inacceptable? Il n’est pas question de retarder inutilement un projet urgent pour une simple question de principe. Mieux vaut en finir au plus tôt! On n’a pas que ça à faire, lorsqu’on est en affaires! Il faut vite passer à autre chose!
C’est comme ça que le « bourreau de travail » retombe invariablement dans ses mauvaises habitudes. Comment voulez-vous que sa petite entreprise prenne de l’expansion avec une attitude semblable?
Burn-out
Voici maintenant le constat que mon mentor fait du « burn-out »!
Il est étrange que l’on refuse toujours de reconnaître que ce n’est pas tout le monde qui peut se dire « travailleur infatigable ». Malgré le nombre toujours grandissant de travaillants dans les domaines de l’enseignement et des soins infirmiers, entre autres, qui sont victimes de burn-out, on ne cesse de valoriser les personnes qui agissent comme des « bourreaux de travail ». Il en résulte que de nombreux travailleurs talentueux se sentent incapables de suivre la cadence et laissent à d’autres plus zélés et moins informés des dangers qu’ils courent, le soin de relever des défis peu réalistes.
Il se peut fort bien que les dirigeants qui leur ont imposé des conditions inacceptables tenant compte de leur condition, ont raté leur chance de bien s’entourer de travailleurs talentueux et fiables.
Décrochage scolaire
Se pourrait-il que certains jeunes abandonnent leurs études parce qu’eux aussi se sentent incapables de suivre la cadence? Se pourrait-il que les enseignants qui sont victimes de burn-out ne soient pas trop exigeants uniquement envers eux-mêmes, mais qu’ils le soient également envers leurs étudiants? Si tous les intervenants du milieu de l’éducation étaient mieux informés des dangers pour la santé que représente le surmenage, se pourrait-il que, non seulement plusieurs enseignants éviteraient le burn-out, mais aussi, plusieurs étudiants éviteraient le décrochage?
Dans son livre intitulé « Tentatives de lucidité_ », en parlant des décrocheurs scolaire, le grand scientifique Albert Jacquard prétend que nous les Québécois, devrions plutôt employer le mot « décrochés », en insistant sur la même différence qu’entre voleur et volé. Oui, ces décrochés sont les victimes d’une société qui n’a pas su les accueillir!
Mon mentor se dit persuadé que bon nombre de « décrochés » du système scolaire possèdent de réels talents qui pourraient être mis au service des dirigeants d’entreprise, si seulement « la société avait su les accueillir », comme le dit si bien monsieur Jacquard.
Ma situation
Précisons que je suis moi-même, une travailleuse infatigable, véritable « bourreau de travail ». Présentement, c’est indéniablement un avantage pour moi, une jeune entrepreneure, propriétaire d’une petite entreprise qui a le vent dans les voiles.
Mais heureusement que mon mentor s’est chargé de me prévenir qu’il n’y a pas que des avantages, il y a aussi de sérieux inconvénients. J’ai une tendance naturelle à faire confiance aux gens qui me semblent fiables, je délègue volontairement, jusqu’à ce que je trouve que ça ne va pas assez vite à mon goût. Et, c’est là que ça se gâte! Mais je vais corriger ce vilain défaut « très rapidement », à la condition que mon mentor me rappelle souvent qu’expansion d’entreprise et délégation vont de pair. Je sais qu’il devra me le répéter encore et encore, mais que voulez-vous, je suis une travailleuse infatigable, avec les avantages et les inconvénients que cela comporte.